Rencontre avec la fondatrice : Audrey Morissette

Audrey Morissette, entrepreneure depuis plusieurs années et auparavant propriétaire d’une boutique art de vivre à Montréal, fonde la marque Essentiels Co au printemps 2019. Trouvant à ce moment qu’il manque de choix dans l’offre de vêtements québécois au look tendance et à prix abordable, elle travaille pendant plusieurs mois et développe une première collection s’adressant aux femmes modernes de tout âge qui désirent investir dans une garde-robe intemporelle et élégante, 100% conçue et fabriquée au Québec.

Rencontre avec la fondatrice : Audrey Morissette

Peux-tu nous parler de ton parcours professionnel?

C’est en tant qu’enseignante de français que j’ai commencé ma carrière. J’ai enseigné 2 ans à des jeunes du secondaire avant de commencer mes démarches d’entrepreneur. J’aimais l’enseignement, mais je ne me voyais pas vraiment en faire ma carrière à ce moment de ma vie. Je sentais qu’il me manquait un petit quelque chose, que je ne m’épanouissais pas complètement.

J’ai toujours eu un intérêt très marqué pour la mode et la décoration et chaque fois que j’entrais dans de petites boutiques, j’avais ce fort sentiment que c’est ce que j’avais envie de faire, je rêvais d’avoir ma boutique à moi. Un soir, j’ai décidé que je me lançais et je me suis inscrite à la formation Lancement d’entreprise que j’ai complétée de soir alors que j’enseignais le jour. Je ne connaissais absolument rien au domaine de l’entrepreneuriat ni au domaine du commerce au détail, mais j’étais très déterminée à réaliser mon projet et j’ai donc passé beaucoup d’heures à fouiller sur le web, à lire pleins d’articles sur l’entrepreneuriat, je me suis inscrite à des salons d’exposition, j’ai visité des boutiques, j’ai parlé avec leurs propriétaires, je leur ai posé mes questions. J’ai travaillé sur mon plan d’affaires et 8 mois plus tard, j’étais prête à ouvrir ma boutique, j’étais à la recherche d’un local. Après plusieurs semaines à chercher le local idéal, je suis tombée sur une charmante galerie d’art aux murs de briques blanches à louer dans le Mile End, à Montréal. J’étais sous le charme de l’endroit et du quartier! Je n’ai pas hésité, j’ai suivi mon instinct et j’ai signé un bail de 5 ans. J’étais très excitée, car c’était enfin le début de l’aventure pour moi, le projet sur lequel je travaillais depuis presque un an, j’ouvrais ma boutique art de vivre: Vestibule! Quand je fais une rétrospective aujourd’hui, je réalise à quel point je n’avais AUCUNE idée de tout ce qui m’attendait, autant le bon que le mauvais. C’était avec une belle naïveté et beaucoup de volonté que je me lançais dans ce domaine très difficile et souvent cruel qu’est l’entrepreneuriat.

Crédit photo: Go Daddy

Les choses ont évolué rapidement pour Vestibule, j’étais en boutique 6 jours sur 7, je travaillais très fort pour bâtir cette entreprise et construire un nom et une image à la hauteur de mes attentes. J’ai bâti une belle réputation à ma boutique, notre clientèle s'est développée et j’ai établi des partenariats dont je suis très fière avec plusieurs personnalités québécoises telles que Sarah-Jeanne Labrosse, Marilou, Magalie Lépine-Blondeau, Mariloup Wolfe, Bianca Gervais, Alexandra Diaz et Christine Beaulieu, entre autres, toutes des femmes d'exception qui représentaient bien les valeurs de ma boutique. J’ai développé des relations avec des dizaines créateurs québécois dont je vendais les produits en magasin, j’ai organisé des événements, j’ai travaillé sur des campagnes marketing et j’ai appris à être patronne, tout ça en même temps et non sans défis! Vestibule a grandi et nous avons dû déménager dans plus grand. Ensuite, j'ai ouvert Vestibule Mini, la version pour les tout-petits, juste en face de Vestibule.

Crédit photo: LALOR PhotographieQuelques-unes de nos ambassadrices de la campagne #MonVestibule. Crédit photo: Marï Photographe.

J'étais maintenant propriétaire de 2 boutiques, totalisant au total plus de 4500 pi2 de superficie et j'avais une quinzaine d'employés. C'est aussi pendant cette période que je suis tombée enceinte et que j'ai donné naissance à notre premier enfant, William. Vous vous imaginez bien que ça faisait beaucoup à gérer en même temps! Avec ma nouvelle vie de maman et le fait que je n’habitais pas à Montréal, rapidement, le temps et l'énergie nécessaires pour bien m'occuper de Vestibule et continuer à la faire évoluer se sont faits plus rares. J'avais aussi grandement sous-estimé la différence que le fait que je ne sois plus en boutique avec mes clientes ferait sur les ventes. Vestibule était vraiment une boutique de quartier, les filles venaient magasiner sur leur heure de dîner ou les weekends. Elles venaient pare qu'elles aimaient l'ambiance en boutique et lors des premières années, alors que j'étais toujours là, on avait bâti de belles relations, on prenait le temps de discuter, de prendre des nouvelles. Mais avec 2 boutiques à gérer et un nouveau-né, je n'avais plus le temps d'être sur le plancher avec mes clientes. Je passais tout le temps que j'avais (pendant que ma mère et ma belle-mère me donnaient un coup de main avec Will) à faire les achats, à gérer l'horaire des employés, l'inventaire, à régler des problèmes. Au bout d'un an à essayer de garder le cap, j'étais complètement épuisée et la flamme du début s'était éteinte. J'avais ouvert ma boutique par passion, mais tout ce qui faisait en sorte que j'aimais ce que je faisais au départ n'était plus au rendez-vous. Je faisais juste travailler, m'occuper de bébé, accumuler la fatigue (allô les nuits blanches) et gérer des problèmes. Je n'avais jamais de temps pour moi et même quand je ne travaillais pas, je ne pouvais pas décrocher et je faisais juste penser à tout ce que j'avais à faire. C'était tellement épuisant, autant physiquement que mentalement! 6 ans après avoir ouvert Vestibule, je prenais la décision déchirante mais réfléchie de fermer mes boutiques. Elles me rendaient plus heureuses et étaient devenues un fardeau pour moi. C'est un côté de l'entrepreneuriat dont on ne parle pas assez selon moi. La plupart du monde pense qu'avoir son entreprise, c'est le rêve, qu'on fait ce qu'on veut quand on veut, qu'on travaille moins et qu'on gagne plus alors qu'en réalité, pour la très grande majorité des entrepreneurs, c'est totalement l'inverse qui se produit. On travaille sans arrêt, on investit toutes nos économies dans notre projet, on a beaucoup de difficulté à décrocher. Parmi toutes les entreprises qui se créent, c'est seulement une minorité qui survivent au bout de 5 ans.

Comment en es-tu venue à fonder Essentiels Co?

C’est durant ma dernière année avec les boutiques que j’ai fondé Essentiels Co. Je suis donc très reconnaissante et je ne regrette rien de mon expérience avec Vestibule puisque c’est ce qui m’a menée à fonder ma ligne de vêtements. C’est aussi une des raisons pour laquelle j’ai décidé de fermer mes magasins: je voulais avoir plus de temps pour me consacrer à ce qui me passionnait vraiment et développer ma propre ligne.

En fondant ma marque, je me suis donnée comme défi d’offrir à mes clientes une mode locale, respectueuse des conditions de travail de la main d’oeuvre québécoise, tout en demeurant le plus abordable possible. En seulement 2 ans, Essentiels Co s’est taillée une place de choix dans le coeur et les habitudes de magasinage des consommatrices conscientes, informées et sensibles aux dégâts causés par l’industrie de la fast fashion et qui ont une vraie volonté de changer les choses.

Quelles valeurs te tiennent à coeur pour Essentiels Co?

Avec Essentiels Co, depuis le début, je souhaite bien faire les choses et cela prend nécessairement du temps. Il était important pour moi que ma marque s’inscrive dans le mouvement du slow fashion et donc, tout est fait au Québec, de la conception des vêtements jusqu’à leur production. L’impact environnemental que laisse ma marque est également quelque chose qui me tient à coeur. Pour cette raison, nous produisons de petites quantités, en essayant de répondre à la demande, sans rester avec de trop grosses quantités à liquider, afin de réduire le gaspillage vestimentaire. Nous réutilisons une partie de nos retailles de tissus pour confectionner des chouchous ainsi que d'autres accessoires à venir bientôt. La très grande majorité de nos tissus sont faits de fibres naturelles telles que le coton, la rayonne ou le lin et plusieurs d'entre eux sont certifiés Oeko-Tex, soit sans produits toxiques pour le corps et l’environnement.

Ce sont toutes des choses dont je suis très fière. Ceci dit, je veux continuer mes efforts afin de faire du mieux que je peux pour qu’Essentiels soit une marque éco- responsable. Dans ce sens, je travaille en ce moment à réduire l'utilisation de plastique pour l'emballage et l'expédition des commandes tout en restant abordable côté prix et à recycler une plus grande partie de nos retailles de tissus.

Tout cela représente son lot de défis parce qu’il est aussi très important pour moi que les vêtements restent abordables. Je ne veux pas que nos clientes se sentent intimidées par nos prix, je veux pouvoir leur offrir une mode locale sans vider leur portefeuille pour autant. Nous avons donc de très petites marges de profit si on se compare aux grandes chaines de vêtements bien connues, mais c’est un choix responsable, éthique et bon pour notre planète.

Étant maman de 2 enfants, comment arrives-tu à concilier ta vie de famille et ton travail?

C’est encore et toujours un très gros défi pour moi, possiblement le plus difficile! Atteindre un équilibre qui me rend heureuse dans les 2 sphères de ma vie comme entrepreneure n’est pas chose facile, surtout avec la croissance qu’on a vécue cette année et qui est arrivée en même temps que la venue au monde de notre 2e enfant, notre petite fille. Pour être très honnête, je trouve que je travaille beaucoup pour une maman supposée être en congé de maternité et cela fait en sorte parfois que je me sente fatiguée ou anxieuse. Si je le pouvais, c’est certain que je travaillerais moins pour cette première année avec bébé. Mais c'est très différent de quand j'avais les boutiques puisque je travaille maintenant de la maison et je fais réellement du mieux que je peux pour passer au travers de ma to-do et être présente avec mes enfants et ne pas laisser mes émotions négatives prendre le dessus. J’ai aussi la chance de pouvoir compter sur la présence d’un papa très investi et de grands-parents exceptionnels, qui viennent chaque semaine nous donner un coup de main avec bébé à la maison et qui me permettent ainsi de pouvoir travailler. J’ai également une assistante (que j’adore!!) qui travaille temps plein avec moi et qui m’aide avec la gestion des collections, la préparation des commandes, le service à la clientèle et le marketing. Tout cela fait en sorte que j’y arrive, mais il arrive souvent que je doive travailler 1 heure ou 2 le soir une fois que les enfants dorment ou même le weekend quand j’ai un petit trou de libre. C’est beaucoup d’heures de travail, mais je le fais parce que j'y crois et que je suis passionnée par ce que je fais alors je me considère très chanceuse pour ça.

Crédit photo: Laurie-Anne Thuot Photographe

Quels sont tes projets futurs pour Essentiels Co?

J’espère sincèrement continuer de faire grandir Essentiels et c’est grâce à nos clientes que c’est possible. Je suis tellement reconnaissante de leur présence et leur fidélité, c’est vraiment grâce à elles qu’Essentiels continue d’évoluer. Nous avons profité d’une superbe croissance depuis le lancement de la collection Printemps/Été 2021, les ventes ont explosé et nos clientes se sont multipliées, c’est tellement motivant de voir que mes efforts des dernières années portent fruit et que mes clientes aiment ce que je fais! Ça me motive vraiment à développer ma marque et j’ai plusieurs projets en tête en ce sens! Parmi eux, créer de plus grosses collections, aller à la rencontre de nos clientes en faisant des pop up et des événements, rendre la ligne disponible dans différents points de vente au Canada et je n’exclus pas la possibilité un jour de revenir à mes premiers amours et d’ouvrir une boutique signature Essentiels Co, qui sait!

Peux-tu nous dire ce qui s’en vient prochainement pour Essentiels Co?

Je ne peux pas trop en dévoiler mais nous avons une magnifique capsule des Fêtes qu’on dévoilera dans les prochaines semaines! C’est vraiment magnifique et ce sera disponible en quantités limitées, j’ai très hâte! On travaille aussi sur la collection Printemps/Été 2022 et ce sera la plus grosse collection que nous ayons jamais fait jusqu’à présent! Nous avons aussi de beaux projets surprise mais il faudra patienter pour en savoir plus!

Vous pouvez suivre Audrey sur Instagram juste ICI.